Général Abbatucci, le déroulement de son naufrage

palais de justice de Monthyon

Le 7 mai 1869, en arborant le pavillon de la ‘Compagnie Valéry’, l’Abbatucci traverse la Marseille-Bastia avec 26 hommes d’équipage et 70 passagers, dont une haute personnalité du Vatican et son excellence Charles Ferrari. Chaque mois, une escale doit être réalisée à Civita-Vecchia afin de simplifier l’accès à Rome. Aux environs de 2h du matin, avec une mer agitée, le capitaine Nicolai, qui vient de rejoindre sa cabine entend crier ‘Bâbord toute’. Juste après, il y eut un violent choc.

Un brick norvégien appelé Edouard Widt a éperonné l’Abbatucci. Le capitaine se précipite vers la passerelle pour voir ce qui se passe. Il constate que le brick a heurté le navire. Le capitaine donne l’ordre de tout stopper. Mais le vapeur qui a encore une bonne force propulsive brise ses embarcations situées à tribord. L’eau commence à s’engouffrer.

Le capitaine vérifie dans le salon si les cloisons étanches sont toujours résistantes. Mais à cet instant, les passagers se sont mis sur le canot de sauvetage. L’équipage invite ardemment le capitaine à venir les rejoindre, mais celui-ci ne cesse de crier en leur reprochant le fait qu’ils l’abandonnent. La seule solution étant le rapprochement des 2 navires, le capitaine dépêche un canot vers le brick qui s’est arrêté à environ 100 m. Les hommes du capitaine montent sur le brick et le capitaine essaie de se rapprocher au mieux pour prendre une amarre. Mais, le brick norvégien s’éloigne. Le capitaine tente de nouveau de se rapprocher du brick et le supplie de stopper la machine afin de transférer les passagers. Mais le brick refuse de tenter quelque chose, craignant la menace de son équipage. Une quinzaine de passagers arrivent toutefois à passer sur le navire norvégien.

Plus tard, le brick s’éloigne du Général Abbatucci. À bord de celui-ci, il n’y a plus que le capitaine et 9 hommes. Le navire s’abat sur bâbord. Au matin, quand les hommes sont convaincus du naufrage, un bateau se manifeste à 3 milles. Le capitaine fait délicatement machine arrière et constate que l’avant du navire coule. Aussi, l’eau s’introduit de plus en plus, rendant toute manœuvre impossible. Le capitaine et ses hommes restent donc à bord, les machines mises à l’arrêt.

Conscient du fait que le navire allait bientôt sombrer, le capitaine suggère à cet instant de se jeter à l’eau. Il recommande à ceux qui ne savaient pas nager de s’agripper à un objet flottant. Les plus valides se mettent à l’eau. Les autres ne cessent de prier Dieu. Le trois-mâts l’Embla, qui est aussi norvégien, récupère les hommes à la mer. En tout, il y eut 54 victimes y compris le consul pontifical Ferrari et 15 futurs gardes du Pape.

Lors du procès, une commission spéciale a été mise sur pied à Livourne. Elle se compose de plusieurs experts dont l’ancien capitaine de frégate Luigi Rossi, l’ancien lieutenant de vaisseau Gaetano Rella et du constructeur Pietro Micheli. Elle a décidé que le brick norvégien était l’unique responsable de l’incident à cause de la fausse manœuvre qu’il a réalisée. Le cuisinier Subrero a reçu un hommage spécial, car il a préféré sauver des vies plutôt que de se jeter à la mer.

Pour connaître réellement les responsabilités de chaque personne lors de cette tragédie, le capitaine Nicolai assigne Joas Jensen, commandant du brick, devant le tribunal de Livourne. Mais l’avocat du brick ayant soulevé l’incompétence de ce dernier, l’affaire est jugée à Marseille. D’après les experts en charge de l’affaire, le capitaine Nicolai s’est conduit bravement et a bien suivi les consignes. Les experts stipulent que s’il avait reçu l’assistance du brick norvégien et celle de l’équipage de l’Abbatucci qui s’y est réfugié, tout le monde aurait pu être sauvé. Mais le capitaine Nicolai et son second sont accusés d’homicide par imprudence en tentant de réaliser seuls une manœuvre de dernière chance. Joseph le mousse, un garçon membre de l’équipage de l’Abbatucci qui est parvenu à monter sur le brick, avoue qu’il a essayé à deux reprises de mettre une chaloupe à la mer, mais le capitaine du brick l’en a empêché.

Le capitaine Nicolai qui devait purger une peine d’emprisonnement de 1 mois a été acquitté après appel. Par contre, son second, Giacobini, est condamné à 2 ans de prison et à verser 50 francs d’amende. Le maitre d’équipage, Alessandrini, qui devait purger une peine d’emprisonnement de 15 mois et 50 francs d’amende obtient une peine plus lourde de 2 ans d’emprisonnement.

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